Leurs semaines sont bien réglées. Pas besoin de Palm, tout dans la tête. Le mercredi après-midi, rue de Rivoli (1er), devant H&M. Le samedi entre 16h et 19h, place Victor-Hugo (16e). Le dimanche, à Saint-Paul (4e). Semaine après semaine, des groupes d'ados de 13-17ans squattent fidèlement les lieux. Originaires du 16e nord, des 8e et 17e ouest mais aussi de Créteil (94) ou Châtillon (92), les «chalalas» s'exposent. Thomas, 14ans, veste de costume, jean Diesel, attend un copain devant le Replay d'Etienne-Marcel. Il dessine les contours de la nébuleuse chalala: «Au départ, c'étaient des jeunes feujs très branchés. Mais aujourd'hui, c'est plus large. Chalala, ça rime avec moi, moi, moi. Je suis friqué et je le montre.» Les chals ne sont pas des nouveaux venus dans la galaxie des tribus de jeunes. Leurs aînés traînaient leur sweat-shirt extra-large Compagnie de Californie sur les Champs-Elysées. Eux sont plus jeunes, plus nombreux, plus exigeants sur les marques et un rien plus stéréotypés.
Le sésame pour en être: la panoplie vestimentaire. Témoin cet échantillon d'une quarantaine d'archétypes observé place Victor-Hugo. Dans la famille chalala, j'appelle la fille. La fille chalala n'a jamais froid. Le bas du ventre à l'air, le jean taille extra-basse est forcément un Diesel ou un Seven. Aux pieds des Converse assorties au petit tee-shirt manches courtes et fendues, un Replay. Le fils chalala n'est pas en reste. Un pot de gel par jour pour façonner sa mèche savamment plaquée sur le côté et le dernier portable vissé à l'oreille. Charles, élève de 1re à Janson-de-Sailly (16e), temple du chalalisme, arbore un jean Diesel à 180e, une doudoune noire Burberry's et une paire de Converse assortie à sa veste de survêt Adidas chocolat. Sa mère travaille dans la pub, mais désapprouve les penchants du fiston. Alors, c'est papa qui finance. «Avant, il me donnait la CB, mais j'ai un peu abusé. Maintenant je n'ai que du liquide. En gros, 200euros par mois», explique Charles, qui se définit comme «chal d'apparence mais pas de mentalité».
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Car attention aux amalgames! Entre les chals pur jus, les demi et les pseudo, pas facile de s'y retrouver. Le vrai chal ne se mêle pas aux autres et fustige les non adoubés. Il incarne le bon goût, à l'opposé du clan des «chabert» ou «bercha» – le colonel doit se retourner dans sa tombe! – étiquetés «grands-pères avant l'âge». En résumé, des bourges tradi ringards, repérés en «pantalon de velours, chemise et mocassins en nubuck». Les oppositions vont loin. «Le chal ne fume pas, c'est le truc des chaberts», précise Charles. D'après Wilfried, 17ans, «les chals se définissent contre ceux qu'ils détestent: les cailleras, les skatteurs, les moins riches qu'eux». Ces ados jouent la provocation sans en mesurer les conséquences. C'est de leur âge. «Autrefois, on prenait en grippe le petit bourge de la cour de récré. Dans un contexte tendu, certains récupèrent la caricature du petit bourge juif pour donner une justification sociale à l'antisémitisme, explique Michel Zerbib, de Radio J.Parfois ça dégénère, alors que le chalala n'est pas vraiment adepte du combat de rue. » S'agirait pas de salir ses Converse...